Perdre ses kilos sans perdre la tête !

Lorsque revient l’été, cette saison tant attendue où la lumière fait éclater les couleurs et les corps se dévoilent, les plages et les piscines deviennent les scènes improvisées d’un théâtre corporel à ciel ouvert. Certains s’y exhibent avec un naturel désarmant, d’autres s’amusent de leurs rondeurs, tandis qu’une frange plus stoïque cultive l’indifférence en se réfugiant derrière lunettes noires et paréos oversize. Mais pour une proportion significative — et il faut bien le dire, très majoritairement féminine — cette mise à nu, même partielle, rime avec une épreuve silencieuse. C’est que ces silhouettes, souvent façonnées davantage par la réalité hormonale que par les standards d’Instagram, portent en elles le poids du regard social, et parfois celui d’un jugement intérieur plus féroce encore.

Fondre, certes — pas en larmes.

Derrière les sourires polis et les maillots de bain stratégiquement choisis, se cache un vœu récurrent : celui de faire fondre les kilos comme on efface une maladresse. Fondre, certes — pas en larmes.

Aussi, chaque année, la quête du traitement miracle s’ouvre à nouveau, dans une sorte de pèlerinage estival vers le cabinet médical. Et là, entre deux recommandations diététiques, certains praticiens — plus laxistes que rigoureux — cèdent à la demande insistante : prescrire des médicaments initialement destinés à traiter le diabète ou l’hypertension, mais désormais adulés pour leurs vertus amincissantes.

Amincissants & Effets indésirables

Ainsi s’invitent dans l’ordonnance estivale le Wegovy (sémaglutide), le Saxenda (liraglutide), l’Ozempic (sémaglutide) ou encore le Xenical (orlistat). Des alliés métaboliques à l’origine, devenus, sous certaines coutures, des complices de la silhouette. Hélas, ces alliés supposés se révèlent parfois traîtres, infligeant leur propre lot de turbulences psychiques, entre nuits troublées, moral vacillant et anxiété rampante.

MédicamentAnxiétéTroubles du sommeilDépression
WegovyEnviron 4 %, risque doublé (HR 2,08-2,14)5-10 % rapportésEnviron 3 %
Saxenda3-5 % similaires à Wegovy5-10 % rapportésEnviron 3 %
Ozempic3-5 % similaires à Wegovy5-10 % rapportésEnviron 3 %
XenicalOccasionnels (non précisés)Occasionnels (non précisés)Occasionnels (non précisés)

Approche psychologique et recommandations thérapeutiques

Face à ces effets secondaires, il est essentiel d’adopter une approche psychologique attentive, globale et personnalisée, qui tienne compte du terrain psychique de chaque individu, de son histoire, et de ses éventuelles vulnérabilités préexistantes. Une simple prescription médicamenteuse ne saurait suffire à compenser un mal-être enraciné dans l’estime de soi ou dans des représentations corporelles dévalorisées. Or, certains sujets, déjà fragilisés par une anxiété latente, des épisodes dépressifs antérieurs ou des troubles du sommeil récurrents, peuvent voir leurs symptômes s’aggraver de manière significative à la suite de la prise de ces médicaments.

Il convient dès lors de sensibiliser les patients à l’importance d’un suivi pluridisciplinaire, en les incitant à consulter leur médecin traitant dès l’apparition de symptômes d’ordre émotionnel ou cognitif, mais aussi leur psychologue s’ils en ont un. Le dialogue entre le corps médical et les professionnels de la santé mentale devrait être encouragé pour assurer une prise en charge cohérente, continue et sécurisante.

Plutôt que de traiter isolément le corps ou l’esprit, il s’agit ici de réconcilier les deux à travers une approche intégrative : comprendre ce que le corps exprime à travers la quête de minceur, ce que la souffrance psychique déplace vers l’apparence, et ce que la transformation physique vient révéler de plus profond chez l’individu.

Conclusion

En dépit des bénéfices potentiels pour la gestion pondérale, ces médicaments détournés de leur usage comportent des effets secondaires psychologiques non négligeables, notamment sur la santé mentale. Ces effets nécessitent un suivi psychologique rigoureux et une approche intégrative médicale et psychologique afin d’assurer un bénéfice thérapeutique optimal tout en préservant la qualité de vie des patients. L’esthétique du corps est certes capitale, mais une minceur au prix d’un moral plombé ?

Référence :

The risk of depression, anxiety, and suicidal behavior in patients with obesity on glucagon like peptide-1 receptor agonist therapy Scientific Report Published: 18 October 2024

Psychiatric adverse events associated with GLP-1 receptor agonists: a real-world pharmacovigilance study based on the FDA Adverse Event Reporting System database Endocrinol., 06 February 2024 Sec. Obesity

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