Les conséquences de l’abus sexuel

24/11/2011 · Psychothérapie

Les conséquences de l’abus sexuel constituent un torrent tumultueux incluant : un sentiment d’impuissance, de trahison, d’ambivalence d’ambivalence, ainsi que plusieurs autres symptômes. L’abus sexuel, est pour son usager, une chosification du corps de l’autre, servant à satisfaire une jouissance exclusive : la sienne. Pour parvenir à ses fins, il ne transitera pas nécessairement par l’infliction de violences physiques à sa victime, mais usera également de stratagèmes en tous genres visant à attirer sa proie, notamment le fait d’être gratifiant en échange de certains plaisirs, ou par l’exercice d’un chantage : ‘’ce sera notre secret. Mais si tu parles, je le raconterai à tout le monde et tu te paieras la honte ‘’Si tu parles, je m’en prendrai à ta famille’’….

Le sentiment d’impuissance connait trois principales raisons :

* Dans les cas d’inceste, la victime ne peut fuir sa famille dysfonctionnelle. Ses proches n’ont pas su la protéger. Parfois, ils ont été témoin d’agissements non adéquats, qu’ils ont minimisé : ‘’ton père était très tactile et on savait tous que c’était sa façon d’aimer ses enfants’’. Il s’agit d’une forme de déni qui peut aller jusqu’à affirmer que rien d’anormal n’a été relevé. Parfois, lorsque la victime tente de dénoncer les agissements d’un grand père, d’un oncle, ou d’un ami, elle est prise pour affabulatrice.

* le fait que la victime n’ait pu échapper à cet abus, déclenche en elle, un sentiment d’impuissance, de solitude et de désespoir. De plus, le prédateur use de la menace et/ou de la honte pour réduire sa proie au silence puis pour réitérer son geste en toute impunité. Cette conduite perverse ne fait qu’accroitre l’impuissance de la victime et lui faisant admettre une forme de naturalisation de sorte qu’elle pourrait de nouveau être abordée par un pervers et se laisser entrainer dans ses filets, sans coup férir : ‘’de toute façon je suis faible, n’importe qui peut me violer, me voler, me frapper, j’ai trop peur de me défendre’’.

* La victime ne parvient pas à mettre un terme à la souffrance présente. Seule, la décision de mettre fin à ses à jours, ferait à jamais disparaitre sa douleur, mais elle ne peut s’y résoudre. Elle opte pour une forme lente de destruction. La souffrance auto infligée consciemment ou non, servant parfois d’expiation à la victime qui se pense comme le ou la principal(e) coupable.

Ce sentiment d’impuissance entraîne chez la victime des conséquences lourdes, entravant le processus de résilience :

* La personne abusée perd l’estime d’elle-même, car elle doute de ses capacités à pouvoir combattre son prédateur. Elle est souvent persuadée que ses attitudes ont suscité l’acte et que le coupable n’y est pas nécessairement pour quelque chose :’’si je ne l’avais pas suivi, cela ne se serait jamais produit, c’est de ma faute’’  ‘’j’avais 13 ans, j’étais amoureuse de lui et lui aussi (45 ans), il me présentait à ses amis du club libertin. Il ne m’a jamais fait mal, même durant les attouchements’’

* L’abandon de tout espoir de résilience, s’ancre en croyance : ‘’je ne connaitrai plus une vie normale, je n’y arriverai jamais’’

* Elle refoule les images de l’agression sexuelle, à force s’insensibilise à la rage, à la souffrance, au désir ou à la joie. Elle sombre dans une forme d’atonie psychique. « Je ne me souviens plus très bien, je ne veux pas m’en souvenir, je ne ressens plus rien, je suis comme mort »  « je vis comme dans un rêve, de toute façon je n’existe plus »

* l’incapacité à gérer les relations interpersonnelles, font qu’elles se situent soit dans la vénération de l’autre soit dans la haine. Les débuts de toutes relations commencent souvent par une angélisation de l’être qu’elle rencontre, c’est pourquoi, elles retombent quelques fois, sous la coupe d’un pervers, ce qui renforce leur sentiment d’impuissance.

Le sentiment de trahison

La trahison née de cette confiance investie envers celui ou celle supposé(e) incarnée une loyauté. On n’est jamais trahi que par les siens, comme le dit le proverbe. Le prédateur montre toujours patte blanche avant de s’emparer sa victime. C’est le loup qui s’empare de la persona de la grand-mère, afin que le petit chaperon rouge réduise sa vigilance à néant prête à se laisser enfermer par ses étreintes. La victime, croyant à ce qu’elle voit, se laisse séduire et lorsque le masque tombe, elle est sans mots, sidérée parce qu’elle ne comprend pas les agissements de l’autre, ni celui qui lui arrive.

Le sentiment de trahison est également éprouvé à l’encontre de l’entourage, qui soit par négligence ou soit par complicité, n’est pas intervenu à temps pour empêcher la prédation et repousser son usager.

La conséquence de la trahison est une méfiance de tous les instants et une suspicion essentiellement à l’égard des personnes les plus proches et les plus aimantes, puisque celles qui se trouvaient en position de la protéger, ont failli à leur mission, tout en considérant d’avoir mérité ce qui lui arrive, soit du fait d’un corps ou d’un caractère qu’elle n’aime pas.

Le sentiment d’ambivalence

Il consiste en un ressenti de deux composantes opposées. Ici, l’ambivalence se configure à partir de honte et d’impuissance se couplant à un certain plaisir relationnel, sensuel, ou sexuel.

Le fait que le plaisir soit parfois associé à la souffrance entraîne des dommages considérables : la personne se sent responsable d’avoir été abusée, elle estime même y avoir contribuer. De surcroit, si elle y a éprouvé un plaisir, cela ne fera que rendre sa culpabilité encore plus insupportable. Le souvenir de l’agression être rappelé à la mémoire durant des rapports conjugaux, elle ne parvient pas à s’épanouir dans sa sexualité car elle est renvoyée à la perversion de l’abuseur. Elle exerce un contrôle sur son désir et son plaisir.

C’est pourquoi, il convient de faire prendre conscience à la victime qu’elle n’est pas responsable des agissements de son prédateur envers elle.  De même, qu’elle n’est pas responsable du plaisir qu’elle aura éprouvé.

Quelques autres symptômes

La peur de se retrouver seul dans le noir, de dormir seul, les cauchemars, les peurs nocturnes (surtout la poursuite, la menace et l’enlèvement)

Ne pas exprimer sa sensibilité, la peur de l’eau sur le visage durant le bain ou en nageant (sentiment de suffocation),

Aliénation à l’intérieur de son propre corps, incapacité à prendre en compte les signaux de son corps ou bien d’en prendre soin, mauvaise image de son corps, prise ou perte de poids pour éviter d’attirer l’attention sexuelle,

Problèmes gastro-intestinaux, problèmes génitaux (dont les infections vaginales spontanées), maux de tête, arthrite ou douleur aux articulations,

Porter de nombreux vêtements, y compris en été, porter des vêtements larges, incapacité à se dévêtir dans les situations appropriées (pour nager, pour se baigner, pour dormir), contraintes très importantes pour l’intimité dans la salle de bains.

Désordres alimentaires anorexie, boulimie), abus de drogue ou d’alcool, autres dépendances, comportements compulsifs,

Automutilation : blessures auto-infligées,

Phobies

Besoin d’être invisible, perfectionnisme,

Pensées suicidaires, tentatives de suicides, obsession du suicide,

Dépression (parfois paralysante), pleurer sans raison apparente,

Problème de colère : incapacité de reconnaître, d’admettre et d’exprimer sa propre colère, peur d’une colère réelle ou imaginaire, constamment en colère, très grande hostilité à l’égard de toute personne du sexe ou de l’ethnie de l’agresseur,

Dépersonnalisation : faire des malaises, des crises dans des situations stressantes, être toujours en crise, insensibilité psychique, douleur physique ou insensibilité associée à des souvenirs particuliers, des émotions (par exemple la colère) ou des situations (par exemple les relations sexuelles),

Contrôle rigide du processus de pensée, manque d’humour ou sérieux extrême,

Se réfugier dans l’enfance, s’accrocher à quelqu’un, se recroqueviller dans un coin (comportements pour rechercher la sécurité), nervosité à l’idée d’être vu ou surpris, se sentir épié,

Problèmes de confiance, incapacité à faire confiance (on n’est pas en sécurité lorsque l’on fait confiance), accorder trop de confiance, accorder sa confiance sans discernement,

Prise de risque élevée (« défier le sort »), incapacité à prendre des risques,

Problèmes de limites, contrôle, pouvoir, territorialité : peur de perdre le contrôle, comportements compulsifs/obsessionnels (tentative de contrôler des choses sans importance juste pour contrôler quelque chose!), confusion entre sexe et pouvoir,

Culpabilité / honte / très faible estime de soi / se sentir bon à rien / haute estimation des petites faveurs des autres,

Comportement de victime (persécuter quelqu’un après avoir été soi-même victime), surtout sexuellement, aucun sens du pouvoir ou bien du droit d’imposer des limites, incapacité de dire « non », rechercher des relations avec des personnes beaucoup plus âgées (commence à l’adolescence),

Envie d’aimer et d’être aimé, savoir et faire instinctivement ce que l’autre personne veut ou espère, les relations sont de grands échanges (l' »amour » a été pris, mais non donné),

Sentiment d’abandon,

Incapacité de se souvenir de certaines périodes (surtout entre 1 et 12 ans), ou d’une personne ou d’un lieu spécifique,

Sensation de porter un lourd secret, être pressé de le dire ou bien au contraire avoir peur qu’il soit révélé, penser que personne ne le croira. Être généralement secret. Se sentir « marqué »,

Se sentir fou, se sentir différent, se sentir irréel alors que tous les autres sont bien réels, ou inversement, se créer des mondes imaginaires, des relations ou des identités (par exemple pour une femme, s’imaginer, se croire un homme c’est à dire, pas une victime),

Déni ou dissociation, aucune conscience de ce qui s’est passé, répression de la mémoire, faire semblant, minimiser (« ce n’était pas si grave »), avoir des rêves ou des souvenirs (« c’est peut-être mon imagination ») (flash-back), réactions négatives « inappropriées » à l’égard d’une personne, d’un lieu ou d’un événement, flashs (lumière, lieu, sensation physique) sans avoir aucune idée de leur signification, se souvenir de l’environnement mais pas des faits. La mémoire peut revenir par le dernier événement traumatisant ou bien l’agresseur. Les détails du trauma peuvent ne jamais revenir à la mémoire.

Difficultés d’ordre sexuel : le sexe est apparenté à de la salissure et/ou de la souillure. Une aversion à  être touché, y compris lors d’examens gynécologiques. Forte aversion pour certaines pratiques sexuelles, ou au contraire puissant désir. Le sentiment d’avoir été trahi par le corps. Une confusion règne entre sexe/affection/domination/agression/violence. La victime conçoit la relation à l’autre comme un rapport de dominant/dominé. Elle s’inscrit dans une séduction « compulsive » ou au contraire fera tout pour être repoussante. Pour autant elle multipliera les partenaires et les aventures sans lendemains. Elles seront, bien souvent dans l’incapacité d’avoir des relations intimes dans le cadre d’une relation amoureuse.  Elle sera au centre d’un conflit entre la sexualité et l’attention.  Elles exerceront parfois dans les métiers du sexe, tels que : la prostitution, le strip-tease.  Une addiction au sexe ou au contraire une abstinence. Leurs relations peuvent se sexualiser, avec une réponse érotique à tout abus ou colère, fantasmes de domination ou de viol (culpabilité et confusion). Elles auront un certain nombre de fois recours à des relations homosexuelles.  Notons que, l’homosexualité n’est pas forcément une conséquence de l’inceste,

Les partenaires des victimes souffrent également souvent de conséquences du syndrome post-inceste, surtout dans les comportements sexuels et relationnels.

On observe parfois un désir de changer de nom pour se dissocier de l’agresseur ou prendre le contrôle de soi.

Les victimes ne supportent pas le bonheur, elles affectionnent surtout les situations tristes, qui correspondent à leur vue du monde. Elles sombrent d’ailleurs dans une déprime qui parfois est tonitruante.

Elles développent quelques fois des personnalité multiples et se livrent à des comportements antisociaux, tels que le vol, les agressions…

error: Contenu protégé !!