Aux frontières de la bipolarité et de l’état limite.
La frontière entre le trouble bipolaire et borderline semble souvent floue à établir. Le trouble borderline est qualifié de diagnostic d’élimination après qu’une clinique du spectre bipolaire eut été explorée et qu’un traitement visant à ˜’thymoréguler’’ les variations brutales de l’humeur caractérisant le maniaco-dépressif eut été épuisé.
Afin de favoriser la compréhension de ces deux pathologies, nous proposons d’en exposer leurs caractéristiques communes et leurs dissemblances.
La bipolarité se distingue de l’état limite au moyen de la fréquence des épisodes maniaques et hypomaniaques.
Au sein de la bipolarité nous distinguons :
– la bipolarité de type A : comprenant de longs épisodes de manie s’étalant sur une durée minimum d’une semaine espacés de longues périodes de dépression dont la durée s’étend au-delà de deux semaines et inversement.
– la bipolarité de type ii : comprend au minimum un épisode hypomaniaque suivi d’un épisode dépressif majeur, mais jamais d’épisode maniaque extrême ni de cyclothymie.
– la cyclothymie : dont la durée s’étend sur une période de deux ans et au cours de laquelle â le sujet vit de multiples épisodes dépressifs et maniaques, aux allures moins rudes que celles que l’on connait aux bipolarités de type i et ii.
En d’autres termes, les dissemblances entre trouble borderline et trouble bipolaire reposent principalement sur des critères d’impulsivité, d’instabilité émotionnelle et d’hyperactivité hypomaniaque.
L’impulsivité est un symptôme commun aux deux troubles. Chez le sujet état limite, elle revêt une forme plus intense et plus régulière. Elle demeure également assortie d’automutilation et de gestes suicidaires alors que chez le bipolaire, l’impulsivité revêt une forme plus épisodique.
L’instabilité émotionnelle obéit également a quelques variations entre bipolarité et état limite. La structure émotionnelle chez le bipolaire oscille entre ´le dépressif de type tristesse et mélancolie et l’hypomaniaque ou exaltation. A contrario, chez les borderlines, les va-et-vient s’effectuent entre la thymie dite humeur normale et l’éruption colérique. La labilité de l’humeur chez le bipolaire apparait souvent en rapport avec l’environnement lorsque le borderline est d’avantage réactif aux évènements.
Le symptôme hypomaniaque s’étend sur une durée plus écourtée chez les borderline que chez le bipolaire. Par ailleurs, deux études longitudinales ont montré qu’un développement précoce de l’hypomanie auprès de sujets bipolaires, augure d’une mutation ultérieure vers en des symptômes borderline, sans que cela ne connote d’un franchissement de l’état borderline. D’ou la complexité d’une superposition clinique des deux troubles.
Nonobstant les disparités d’ordres cliniques entre les deux troubles, la question de l’appréhension de la comorbidité reste de taille. Nous observons notamment chez le borderline un degré plus élevé d’impulsivité, d’agressivité et de conduites suicidaires. Si bien qu’à ce niveau, la question ne se traduit plus en termes de « borderline ou bipolaire», mais davantage en termes d’aggravation du pronostic de la bipolarité en cas de présence du trouble borderline.